Le chant du bourreau, Norman Mailer

Un long silence, Mikal Gilmore

Entre les frasques du président Trump et les rebondissements de l’affaire Avery (Making a Murderer), la justice américaine tremble sur ses fondations. Des fondations par ailleurs mises en doutes à d’autres occasions depuis la naissance des Etats-Unis… Une affaire en particulier a marqué les esprits et la littérature: l’exécution de Gary Gilmore en 1977, fusillé à sa demande pour les meurtres de deux jeunes mormons.

Norman Mailer a fait de cet événement macabre un chef-d’oeuvre de 1300 pages. Dans Le chant du bourreau, Mailer détaille jour par jour (presque heure par heure) l’avancée inexorable de Gilmore vers le crime et la mort. Méticuleux, il s’attache à une foule de personnages entourant l’événement, pour tenter de percer à jour la personnalité complexe du condamné. Le récit se construit sans pathos, malgré son thème sordide, mais au contraire dans un style journalistique, détaché et extrêmement précis. Ce style dépouillé et la longueur du texte ne forment pourtant pas des obstacles au suspens: Mailer crée un récit dont la puissance ne fait qu’augmenter jusqu’au dénouement final. Le lecteur, face à cette sorte de rapport à vitesse réelle, ne peut que regarder, impuissant, se dérouler la marche inéluctable des événements.

Des années après cette somme tragique, le frère du condamné, Mikal Gilmore, a surmonté ses démons pour raconter sa version de l’événement. Un long silence est avant tout une histoire de famille. Un père abusif et tout-puissant, une mère persuadée de porter une malédiction dans ses gènes mormons, trois frères ballotés entre les deux parents, et le petit dernier, chargé de se sauver pour sauver sa famille: une combinaison violente et dévastatrice, qui provoquera la peur et la mort. Il y a de l’amour malgré tout, une folie créatrice et un certain génie chez les Gilmore, mais elles ne suffiront pas à leur rédemption. C’est que la prison est devenue la deuxième maison de Gary, qui passera plus de la moitié de sa vie derrière les barreaux. Et que cette maison-là est moins tendre que la plus dure des familles.

Deux visions d’un même drame, deux portraits d’une Amérique à la dérive sous les traits de Gary Gilmore. S’il ne fallait lire qu’un seul de ces récits, choisissez la biographie saisissante de Mikal Gilmore. Mais c’est l’été et vous avez du temps devant vous: lisez les deux.

LB