Le bon livre pour chercher l’origine de la souffrance

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

À offrir avec douceur (parce que c’est beau et douloureux)

« Sans doute avais-je envie de rendre un hommage à Lucile, de lui offrir un cercueil de papier – car, de tous, il me semble que ce sont les plus beaux – et un destin de personnage. Mais je sais aussi qu’à travers l’écriture je cherche l’origine de sa souffrance, comme s’il existait un moment précis où le noyau de sa personne eût été entamé d’une manière définitive et irréparable, et je ne peux ignorer combien cette quête, non contente d’être difficile, est vaine. »

Lucile est morte. Elle s’est suicidée. Delphine de Vigan, malgré la souffrance et les doutes, fait le récit bouleversant de la vie de celle qui était sa mère.

Rien ne s’oppose à la nuit est la biographie d’une femme et de toute une famille. Une femme, Lucile: enfant tranquille, sérieuse et indubitablement belle, qui perdra pourtant pied, emportée par vagues dans le délire et la paranoïa. Une famille, les Poirier: exubérante, vive, joyeuse; marquée par la mort, les secrets et la folie. Le récit de Delphine de Vigan est parfois très dur – l’auteure refuse les faux-fuyant, ne nous épargne rien, ne se ménage pas elle-même – mais aussi véritablement beau: lumineux comme la jeune fille rayonnante qu’a été Lucile, fort comme l’amour qui unit la fratrie de cette grande famille.

Par delà l’histoire familiale, il y a le présent avec lequel il faut vivre. La narratrice, raconte la douleur de revoir sous sa plume la vie et la mort brutale(s) de sa mère. Elle dit la difficulté à se confronter aux vivants et à ses propres incertitudes face à ce livre qu’elle souffre d’écrire. Mais le récit la poursuit: il veut sortir, il doit sortir, comme sous la force d’un exorcisme dont l’auteur sait qu’il ne la délivrera pas.

LB

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2 Comments

  1. Grace

    Magnifique récit, vraiment un écrivain qui exprime si bien les fragilités de l’existence.
    Et son livre « d’après une histoire vraie » est tout aussi redoutable

  2. Charles Bonsack

    Merci Louise. C’est le bon livre pour une journée comme aujourd’hui. Très bon moment pour dire bonjour à Romain – je ne te dis pas au revoir je te dis bonjour a dit une de ses amies. La musique, les paroles de ses amis, il les aura entendues et aimées.

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